L’élite économique burkinabé dépossède ses paysans

Mateo REGAZZONI
08 / 2004

TIN TUA (Développons-nous), fédération de 223 groupements paysans, a pour objectif de promouvoir un développement durable et la sécurité alimentaire à travers la formation. TIN TUA est née en 1989, sous l’impulsion d’un enseignant de linguistique, qui a réalisé une étude sur la langue de sa région d’origine, le Gulmu. « Face au manque d’accès des populations à l’éducation, l’association a commencé par faire de l’alphabétisation sa priorité, en partenariat avec Aide et Action (Action Aid), dans cette même région de l’est du Burkina Faso. »

« La région de Gulmu est déficitaire une année sur deux. Plus clairement, cela veut dire qu’il y a une famine une année sur deux ! La production alimentaire n’est pas suffisante. Les paysans, qu’on appelle les agro-pasteurs, font de l’agriculture de subsistance. Au niveau national, le Burkina Faso n’est pas auto-suffisant en production alimentaire. Dans ce pays, nous en sommes à l’étape de subsistance, de recherche de l’autosuffisance. » Partant de ces constats, TIN TUA a rapidement élargi ses activités à la sécurité alimentaire, et à ses corollaires la santé, les droits humains, la protection de l’environnement, etc.

Les agro-pasteurs cultivent et élèvent du bétail, principalement pour leur consommation propre. Les circuits commerciaux régionaux étant quasiment inexistants, il n’existe que peu de marchés locaux. Les agro-pasteurs élèvent des bovins et des ovins et cultivent surtout le mil, le sorgho et le maïs. Parfois, ils arrivent à produire un excédent qu’ils écoulent au Niger ou sur le (maigre) marché local. « Obtenir un excédent et le vendre est devenu une nécessité pour générer un minimum d’argent et nous permettre d’avoir accès à la santé et à l’éducation, maintenant ces «services publics» sont payants ».

En 1984, le gouvernement burkinabé a organisé une grande réforme agraire, durant l’époque révolutionnaire du président marxiste Thomas Sankara. Cette réforme agraire, très favorable aux petits producteurs, s’est heurtée a la chefferie traditionnelle. Au Burkina, le gestionnaire de la terre est le chef du village. Le gouvernement définissait clairement que la structure agricole était de type féodal et qu’il fallait la changer. Voulant souvent aller trop vite, et manquant parfois d’expérience, les membres des Comités de défense de la Révolution (CDR) se sont confrontés directement au système hiérarchique traditionnel de la campagne. « Un révolutionnaire sans formation politique est un danger public », disait pourtant Sankara.

De plus, souvent, les certains membres locaux des CDR profitent de la Révolution pour prendre la place des leaders villageois (légitimes ou non). « Les réformes modernes ont buté contre la réalité du terrain. »

Après le coup d’Etat contre la Révolution et l’assassinat de Sankara, en 1987, la réforme agraire a été vidée de sa substance et, en 1996, la deuxième réforme agraire du Burkina est officiellement entérinée, pâle copie de la première sans ses aspects révolutionnaires. On peut alors parler de réforme agraire contre-productive ou de contre-réforme.

Une troisième réforme est actuellement mise en chantier par le gouvernement, dans le secret, et aucune organisations de la société civile n’est prise en compte dans son élaboration. Abdulaye craint qu’une fois de plus, cette réforme soit calquée sur celle de 1984, et qu’une fois de plus, elle ne s’attaque pas aux causes véritables du problème.

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